Tulipe, symbole de la Turquie

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Tulipe Baronesse

Quand on parle de tulipe, on pense immédiatement à la Hollande. Or la tulipe est aussi le symbole de la Turquie, elle apparaît sur le logo des affiches ou des clips touristiques. C’est aussi une fleur qui fascina l’Europe.

Origine et étymologie

Le mot tulipe nous vint avec la fleur, comme en témoignent les notices de Ménage dans les ouvrages qu’il consacra à son étymologie. Tulipan, puis tulipe vient du mot turc « tülbent » qui désigne le couvre-chef des Turcs. C’est sa ressemblance avec le turban qui la fit nommer ainsi.

Ménage, Origines de la langue française, 1650.

Notice du mot Tulipe.
Du Turc Tulipant.
Bodaeus à Stapel dans ses annotations sur le « Livre des plantes de Theophraste » pag. 1171. Nomen Tulipa accepità pilei Sclauonici similitudine, qui Turcis dicitur tulipant, dulpant, dublent. Hunc pileum videtur his flos formea exprimere. »
Busbeq en son épître I de son « Ambassade de Turquie » :
« Per haec loca transeuntibus ingens ubique florum copia offerebatur : Narcissorum, Hyacinthorum, et eorum quos Turcae Tulipen vocant. »
Vossius de vitiis Sermonis pag. 306 :
« Tulipa est flos è Turcia adlatus, ac gentis nomen retinens ; quod illi etpileum notat Turcicum, et hunc florem qui pileum Turcicum refert. Utivero flos à similitudine ejus pilei : ita pileus Turcicus sic vocatus videtur à figura globosa, qua refert tolupên, hoc est lanam purgatam, inque globos compositam, ut colo adaptetur. Eaque et doctissimi Martinii in Etymologico suo sententia est ».
Nous avons prononcé premièrement tulipan, et vous le trouverez ainsi écrit dans le « Théâtre de l’Agriculture » de du Pradel.


Ménage, Dictionnaire étymologique de la langue françoise, nouvelle édition, 1750

Tulipe ou tulipan. Cette fleur, qu’on ne connait en France que depuis quelques années, est ainsi appelée à cause de la figure d’un chapeau àla turque qu’elle représente. Le « Glossaire grec » de Meursius : touloupanaus, pileus turcicus, occurit in Turco-graecia crusii. Leunclavius, dans leVocabulaire des mots turcs qu’il a mis à la fin de son « Histoire musulmane des Turcs » : « Tulbant et Tulpant, lineum capitis involucrumTurcicum, quod Graeci recentiores phakiolion dixere, veluti sasciolam aut sasciam. Tulipant, sascia linea qua Turci caput involvunt. » C’est le même que le Turban ; car il y a dans le même vocabulaire Tulbant et Tulpant,…
[…]
Fulvio Testi dans son Ode au Sgr Francesco Mantovani :
« […] I Tulipani, a far piu belli e prati ».
Dans ma jeunesse, j’ai vu vendre tel oignon de tulipe trois cent pistoles : tant la tulipomanie était grande. Mais cette manie est passée, il y a déjà longtemps : et on ne donnerait pas présentement cinq sols de l’oignon de la plus belle tulipe du monde.
[…] Nous prononcions anciennement tulipan.

On trouve encore le mot tulipan dans le Dictionnaire des sciences de Frédéric Cuvier en 1828.

En Turquie, la tulipe est nommée « lale » (d’origine persane). Nous n’avons pas trouvé trace dans les documents que nous avons consultés d’utilisation du mot « tülbent » ou « türban » (du persan dülbent), d’où vient « tulipe », pour désigner la fleur.
Actuellement encore, en Anatolie, on désigne par lemot « tülbent » un foulard de mousseline décoré de dentelle qui peut effectivement ressembler à une fleur. « Türban » désigne lui le foulard.

Cette fleur est originaire de Syrie et pousse en Anatolie du Sud et près de la Mer noire. C’est probablement Busbecq qui apporta les premières tulipes en Europe : le naturaliste allemand Conrad Gesner en vit un specimen venant de Constantinople ou de Cappadoce à Augsbourg en avril 1559 et le décrivit.

« Conrad Gesner est le premier en Europe qui en ait donné la figure [de la tulipe], dans l’ouvrage de Valerius Cordus, page 213 ; qu’il l’a vue en fleur pour la première fois en 1559, provenant de semences envoyées de Cappadoce ; et Charles de l’Ecluse d’Arras, célèbre botaniste, dit qu’étant à Vienne, il lui en a été envoyé quantité de semences par l’illustre Augierus Busbecque, pour lors ambassadeur en Turquie : les ayant rapportées en ce pays en 1575, il les sema, et six ans après il en obtint des fleurs d’une variété étonnante. Le même Busbecque dit les avoir vu fleurir en quantité entre Constantinople et Andrinople : il est à présumer que c’est de là que proviennent toutes les variétés qu’on cultive. » [Lestiboudois, Botanographie Belgique, Lille, 1781]

Une fleur pour spéculer
Au XVIIe siècle, il y eut un véritable engouement pour la tulipe en Hollande (tulipomanie) et elle fut l’objet d’une spéculation aussi surprenante qu’effrénée.
D’après Henry Munting, dans une seule ville de Hollande, dix millions de florins furent dépensés pour cette fleur.
« Ce fut, écrit-il dans les Nouvelles annales des voyages, depuis 1634 jusqu’à 1637, que la tulipomanie exerça son influence dans la Hollande. Dans ces années les tulipes y montèrent à des prix énormes et enrichirent beaucoup de spéculateurs. Les fleuristes estimaient surtout quelques espèces auxquelles ils donnèrent des noms particuliers. L’espèce la plus précieuse était celle qu’on nommait « semper augustus » ; on l’évaluait à deux mille florins ; on prétendait qu’elle était si rare, qu’il n’existait que deux fleurs de cette espèce, l’une à Harlem, l’autre à Amsterdam. Un particulier, pour en avoir une, offrit quatre mille six cent florins, et, en sus, une belle voiture avec deux chevaux et tous les accessoires ; un autre céda pour un oignon douze arpents de terre. »
Munting lui-même vendit en 1636, un oignon de tulipe 7000 florins.

Le prix de ces fleurs, sans atteindre de tels sommets, continua d’être assez élevé même au milieu du XVIIIe siècle. [Johann, A History of Inventions, Discoveries, and Origins, 1824 consacre un long chapitre très documenté à cette spéculation financière]

Les premières tulipes cultivées en France ont été apportées de Tournai.Winghem en envoya des oignons à Peiresc (1580-1637, érudit, historien et écrivain) qui les planta dans son jardin d’Aix-en-Provence en 1610. Elles fleurirent le printemps suivant.
[Nouveau dictionnaire d’histoire naturelle…, Paris, 1819]

On attribue à Ibrahim Pacha, grand vizir et gendre d’Ahmet III le goût pour les tulipes. Il en avait un grand parterre dans sa maison de campagne, sur la rive du Bosphore. Il fit illuminer ce parterre, ce qui impressionna le sultan qui décida d’organiser la même célébration au palais de Topkapi tous les ans, sous le nom de Lalè-Tschiraghany (illumination des tulipes) [Salaberry, Histoire de l’Empire ottoman, depuis sa fondation jusqu’à la paix d’Yassy, en 1792, Tome III, p 131, 141, 1813]. Le règne d’Ahmet III (de 1703 à 1730) qui se caractérise par une relative stabilité, est appelé « Lâle devri », l’ère des tulipes.

Les tulipes et la littérature française

Roucher, Les mois, 1779

Pour couronner enfin les richesses qu’étale
Des jardins renaissants la pompe végétale,
La tulipe s’élève. Un port majestueux,
Un éclat qui du jour reproduit tous les feux,
Dans les murs byzantins méritent qu’on l’adore,
Et lui font pardonner son calice inodore.

Louis Martin, Le langage des fleurs, 1830

Tulipe
Déclaration d’amour
« Sur les rives du Bosphore, la tulipe est l’emblème de l’inconstance ; mais elle est aussi celui du plus violent amour. Telle que la nature la fait croître aux champs de Byzance, avec ses pétales de feu et son coeur brûlé, elle va dire malgré les grilles et les verroux, à la beauté captive, qu’un amant soupire pour elle ; et que, si elle daigne se montrer un moment, sa vue mettra son visage en feu et son coeur en charbon. Ainsi, un jeune homme naïf, sortant des mains de la nature, présente un hommage sans fard : bientôt, façonné par le monde, comme la tulipe par les mains du jardinier, il sera plus aimable, plus enjoué, il saura plaire, il aura cessé d’aimer.
La tulipe, sous le nom de tulipan ou de turban, coiffe le front superbe de ces Turcs barbares, qui adorent sa fleur et font porter des fers à la beauté. Idolâtres de sa tige élégante, et du beau vase qui la couronne, ils ne peuvent se lasser d’admirer des panaches d’or, d’argent, de pourpre, de lilas, de violet, de rouge foncé, de rose tendre, de jaune, de brune, de blanc, et de tant d’autres nuances, qui se jouent, se marient, se rejoignent, se séparent sur ses riches pétales sans jamais s’y confondre.
Dès les premiers jours du printemps, on célèbre, dans le sérail du grand-seigneur, la fête des tulipes. On dresse des échafauds, on prépare de longues galeries, on y place des gradins en amphithéâtre, on les recouvre des plus riches tapis, et bientôt ils sont chargés d’un nombre infini de vases de cristal,couronnés des plus belles tulipes du monde. Le soir venu, tout s’illumine ; les bougies répandent les odeurs les plus exquises, des lampions de couleurs brillent de tous les côtés comme des guirlandes d’opales, d’émeraudes, de saphirs, de diamants et de rubis ; une quantité prodigieuse d’oiseaux renfermés dans des cages d’or, tous éveillés par ce spectacle, confondent leur ramage avec les mélodieux accords des instruments que touchent d’invisibles musiciens ; une pluie d’eau de rose rafraîchit les airs : les portes s’ouvrent, et les jeunes odalisques viennent mêler l’éclat de leurs charmes et de leur parure à celui de cette fête enchantée […] »

Ouvrages anciens sur les tulipes

  • Jean Pierre Moët, Jean Paul de Rome d’Ardène, Traité de la culture des renoncules des oeillets des auricules et des tulipes, 1754, 452 pages
  • Sr de la Chesnée Monstereul, Le floriste français traittant de l’origine des tulipes… Rouen, Louis du Mesnil, 1658

Merci à JMB, rédacteur de cet article pour Florum, dont le site http://www.turquie-culture.fr traite de la culture turque.

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